• 5125 visits
  • 97 articles
  • 3706 hearts
  • 29296 comments

117. La réveillon de la peur (17). 24/09/2017

117. La réveillon de la peur (17).
Justement, j'allais sérieusement m'inquiéter car bien s'occuper de moi signifiait bien sûr m'engraisser pour le réveillon de Noël et, à voir comme cette fille respirait la santé, on devinait qu'elle devait avoir très bon appétit et attendre ce moment avec une vive impatience. Une fois de plus, je proteste en arguant que tout comme elle, je suis un être humain, que j'ai le droit de manger autre chose que des carottes et des pissenlits et surtout, je la supplie de me rendre la liberté car je n'ai aucune envie d'être mangée en civet pour un réveillon.
La petite fille remplit le bac d'eau et la mangeoire de légumes en silence et cela me conforte dans mes mauvaises impressions : pour elle, je ne suis qu'un vulgaire lapin d'élevage destiné à être tué puis mangé afin d'agrémenter son ordinaire comme celui du reste de sa famille. Mais je me trompe lourdement car, sa besogne terminée, elle se frotte les mains sur son sarrau et me regarde droit dans les yeux.
- Je le sais bien que tu n'es pas un lapin. Tu es une petite fille comme moi.
- Alors si tu le sais, délivre-moi !
- Non, je peux pas, j'en ai pas le droit !
- Et pourquoi ?
- Parce ce que mes parents me l'ont défendu. Si je fais ça, je recevrai une solide correction.
- Tu sais que je serai mangée si tu ne me délivres pas, ça ne te fait donc rien ?
- Au contraire, ça me fera beaucoup de peine mais tu ne dois être mangée que pour le réveillon de Noël. D'ici là, j'aurai bien trouvé un moyen de te délivrer.
Il restait donc un petit espoir même si je doutais que cette fillette puisse avoir le dessus en faisant entendre raison à ses terribles parents.
- Tu sais que c'est illégal de manger les gens, tu devrais appeler la police.
- La police ? C'est quoi ça ?
- Mais voyons, tout le monde sait bien ce que la police veut dire. Ce sont des gens chargés de faire régner l'ordre.
- Ici, il n'en en a qu'un qui fait régner l'ordre, c'est le père André, mon père et si tu ne marches pas droit, tu reçois une solide correction. Même maman en reçoit des fois et moi, plus souvent qu'à mon tour.
- Mais si tes parents sont aussi terribles, comment comptes-tu me délivrer ?
- Je ne sais pas encore mais je trouverai, je te le promets !
117. La réveillon de la peur (17).

116. La réveillon de la peur (16). 23/09/2017

116. La réveillon de la peur (16).
Onzième jour.

Ce matin-là, j'attendais donc Annabelle avec impatience mais ce n'est pas elle qui vint au rendez-vous. C'est une petite fille de mon âge qui entre dans le poulailler avec un broc d'eau fraîche et un plein panier de carottes et de pissenlits. À côté d'Annabelle, c'est le jour et la nuit car la nouvelle venue a les yeux vif, une petite bouche rieuse et porte une magnifique chevelure noire qu'elle a nouée en queue de cheval. Si elle semble un peu plus grassouillette que moi, elle est loin d'atteindre la carrure XXL d'Annabelle. Elle porte un vieux jeans tout rapiécé et un sarrau bleu. La jeune fille en mode sauna a fait place à une vraie petite fermière miniature.
- C'est moi qui viens te soigner parce que j'ai été très sage et que ce sont les vacances, me dit-elle.
C'est probablement la s½ur d'Annabelle et bien que cela fasse plutôt impoli, je lui demande ce qu'est devenue celle-ci.
- Mais où est ta s½ur ?
La petite fille me regarde bizarrement comme si je venais de proférer une énormité.
- Ma s½ur ? Mais je n'en ai pas.
- Mais si, la jeune fille avec son turban, celle qui est venue me soigner les premiers jours.
- Ah, tu veux sans doute parler d'Annabelle. C'est une saisonnière qui vient de temps en temps nous aider quand nous avons trop d'ouvrage. Mais papa l'a renvoyée hier soir, elle nous volait de l'argent.
Et Annabelle qui promettait de me révéler tant de choses, j'allais devoir rester avec des questions sans réponse. En voyant mon visage renfrogné par cette terrible nouvelle, la petite fille ajoute aussitôt :
- Oh mais faut pas t'inquiéter, je vais très bien m'occuper de toi.
116. La réveillon de la peur (16).
Changement de casting de dernière minute :
voici la jeune fille qui incarnera désormais Misha.
Elle est plus représentative de la terrible petite fermière.
116. La réveillon de la peur (16).

115. La réveillon de la peur (15). 22/09/2017

115. La réveillon de la peur (15).
Dixième jour.

Les meurtrissures sur le visage d'Annabelle se sont estompées un peu mais je vois de nouvelles marques sur ses bras nus. Ils sont couverts de bleus violacés et celui ou celle qui lui a fait ça a dû s'acharner fameusement sur elle.
- Tes bras ont plein de coups, Annabelle, cette fois tu ne vas pas me dire que c'est à cause d'une petite dispute.
- J'ai pas fait mon travail correctement, j'ai reçu ma correction.
- Hier aussi, c'était une correction ?
Annabelle me fait oui de la tête.
- Mais qui te corrige si durement ?
Et comme à chaque fois que je lui pose une question dérangeante, Annabelle reste muette comme une tombe. Elle s'approche de moi et me fait un très gros câlin comme la veille. Son haleine sent l'odeur âcre du vomi et je pense : « Cette fille est souffrante et elle doit encore subir les coups de ses tortionnaires. »
- Demain, tu sauras tout, tu comprendras bien des choses, me dit-elle enfin.
- Tu ne peux pas m'en dire un peu maintenant ?
- Je n'ai pas le temps mais j'essaierai de venir un peu plus tôt demain matin.
Elle quitte alors le poulailler et s'éloigne sans se retourner mais ma curiosité est déjà beaucoup moins frustrée que la veille. Demain, j'aurai les explications et quand je connaîtrai toute la vérité, je pourrai peut-être envisager un moyen de sortir d'ici.
115. La réveillon de la peur (15).

114. La réveillon de la peur (14). 21/09/2017

114. La réveillon de la peur (14).
Neuvième jour.

Ce matin-là, je constate qu'Annabelle a les lèvres enflées comme si un poing malveillant avait pris sa bouche pour un punchingball. Elle a aussi une vilaine ecchymose bleue et orangée sous l'½il droit. Elle est toujours habillée comme si elle sortait de la cabine surchauffée d'un sauna. Ses épaules sont d'ailleurs encore toutes luisantes de sueur.
- Qui t'as fait ça, Annabelle ?
- C'est rien, Natasha, juste une petite dispute.
- Une dispute ? Quelle dispute ?
- Rien de grave.
Mais bien sûr, je ne la crois pas, on n'est pas censé avoir un ½il au beurre noir et les lèvres tuméfiées pour une simple dispute familiale ou alors, il faudra qu'on me dise exactement la définition d'une « petite dispute ». Cela attise ma curiosité et j'insiste.
- Que s'est-il passé, Annabelle ?
Annabelle ne répond pas mais elle fait une chose étrange. Elle se jette sur moi avant de m'étreindre très fort dans ses bras. Son haleine dégage une odeur de soupe rance et les effluves de bouse de vache, mêlées de poisson pas frais, qui empreignent ses vêtements, chatouillent désagréablement mes narines mais je me laisse faire sans broncher car ce geste d'amitié me fait chaud au c½ur.
- Pourquoi toi ? T'es pas responsable de ses délires, dit-elle en relâchant son étreinte.
- Les délires de qui ? De qui tu parles, Annabelle ?
Mais Annabelle reste silencieuse. Elle quitte le poulailler et me laisse tout comme la veille avec mes questions.
114. La réveillon de la peur (14).

113. La réveillon de la peur (13). 20/09/2017

113. La réveillon de la peur (13).
Huitième jour.

Annabelle est revenue pour la troisième fois. Turban et sortie de bain comme si elle venait de sortir d'un sauna. Elle a accompli sa tâche rituelle sans prononcer un seul mot. Je sens qu'elle est de mon côté, qu'elle n'a pas envie de me voir manger mais qu'on l'oblige à me nourrir quotidiennement ou plutôt devrais-je dire à m'engraisser. Mais qui est ce « on » ? Ses parents et sans doute ses frères et s½urs si elle en a.
- Annabelle, tu ne n'as pas envie que je sois mangée, n'est-ce pas ?
Annabelle me fait violemment non de la tête.
- Alors, fais-moi sortir d'ici. Ou plutôt, laisse la porte ouverte. Tu diras que tu as oublié de la fermer et que je me suis enfuie.
- Si je fais ça, elle me tue, me répond Annabelle.
- Qui ça elle ? Ta maman ?
Mais Annabelle ne répond pas et après m'avoir rajouté de la paille fraîche pour ma couche, elle repart en me laissant toute seule avec mes questions.
113. La réveillon de la peur (13).

112. La réveillon de la peur (12). 19/09/2017

112. La réveillon de la peur (12).
Septième jour.

La jeune fille mystérieuse, dont je ne connais pas encore le nom, est revenue pour me nourrir. Elle était habillée comme la veille : turban sur la tête et sortie de bain sous les aisselles. Elle a changé l'eau de l'abreuvoir et regarni le bac en carottes et en pissenlits. Je proteste pour la énième fois que je ne suis pas un lapin, je la supplie de me rendre la liberté et je renouvelle mes questions de la veille.
- Qui es-tu ? Où suis-je ici ? Pourquoi on m'a capturée pour me manger ?
La jeune fille ne répond qu'à ma première question.
- Je m'appelle Annabelle.
- C'est très joli Annabelle. Moi c'est Natasha.
Annabelle sourit et répète mon prénom « Natasha ».
- C'est quoi ce jeu stupide ? dit-elle en poussant un douloureux soupir.
Mais cette singulière question ne s'adresse qu'à elle-même. Je ne pourrais d'ailleurs pas lui répondre car si je suis la victime d'un jeu stupide, je n'en connais pas les règles.
- Quel jeu stupide ? Qu'est-ce que tu veux dire, Annabelle ?
Mais Annabelle ne répond pas, elle se contente de me regarder et je vois une larme perler au coin de son ½il.
- Y a pas d'avance, dit-elle.
- Pas d'avance ? De quoi tu parles, Annabelle ? Et pourquoi ce turban ? Pourquoi cette sortie de bain ? Tu n'as rien d'autres à te mettre ?
Mais je pose sans doute beaucoup trop de questions car Annabelle s'en va sans donner d'autres explications.
112. La réveillon de la peur (12).

111. La réveillon de la peur (11). 18/09/2017

111. La réveillon de la peur (11).
La mystérieuse jeune fille s'est alors tournée vers moi. J'ai aussitôt plissé le nez, elle avait une haleine prononcée d'oignon et de vieux chou farci. En outre, sa sortie de bain toute miteuse dégageait des relents d'étable dans lesquels se mêlaient des exhalaisons fétides de vieux poisson mort.
- Il faut manger, me répondit-elle. Il faut bien manger pour bien grossir.
- Mais pourquoi je dois grossir ?
- Tu es destinée à être mangée pour notre réveillon de Noël.
Ainsi, j'allais finir dans l'estomac de cette fille sentant l'ail, le poisson pourri et le vieux chou avec ses invités puisqu'elle avait dit « notre réveillon », perspective plus qu'effrayante s'il en était une. Il était temps de mettre fin à cet horrible malentendu.
- Mais vous vous trompez, je ne suis pas un lapin. Regardez-moi, je suis un être humain comme vous. Alors, libérez-moi, je vous en prie !
La jeune fille me caressa la tête et me répondit cette phrase étrange.
- Je suis désolée, c'est pas moi qui décide.
Sur quoi, elle me tourna le dos avant de sortir du poulailler. Elle referma la porte et la verrouilla ensuite avec le cadenas, réduisant ainsi à néant toute tentative de fuite.
111. La réveillon de la peur (11).

110. La réveillon de la peur (10). 17/09/2017

110. La réveillon de la peur (10).
Sixième jour.

L'affreux cauchemar continue le lendemain mais en est-ce vraiment un ou une réalité délirante ? Ce matin, j'ai eu de la visite dans mon poulailler. C'était une jeune fille assez boulotte et avec un regard un peu niais. Elle était coiffée d'un turban comme les nababs orientaux mais c'était là toute sa coquetterie car elle était pieds nus et ne portait sur elle qu'une serviette de bain roulée sous les aisselles. Malgré cet habillement plus que sommaire, elle ne semblait pas avoir froid car je voyais perler de grosses gouttes de sueur sur ses épaules nues. Je lui aurais donné quinze ou seize ans bien qu'il fût difficile de déterminer un âge sous ce visage joufflu et un peu lunaire. Elle a renouvelé l'eau et garni la mangeoire de nouvelles carottes et de pissenlits. Elle faisait son travail silencieusement sans même m'accorder un regard. C'était néanmoins le moment de m'inquiéter de cette monstrueuse farce que l'on me jouait.
- Qui es-tu ? Qu'est-ce que je fais ici ?
110. La réveillon de la peur (10).

109. La réveillon de la peur (9). 16/09/2017

109. La réveillon de la peur (9).
Cinquième jour.

Des souvenirs me reviennent, je m'appelle Natasha et j'ai neuf ans. C'est déjà pas si mal mais si j'essaie de me souvenir de ce qu'il y avait avant le poulailler, c'est toujours le trou noir. La panique commence à s'emparer de moi. Mais qu'est-ce que c'est que ce délire ? Pourquoi m'a-t-on habillée avec une peau de lapin et coiffée d'un serre-tête surmonté de longues oreilles ? Mon imagination me suggère cette réponse : quelqu'un me prends pour un lapin et m'a enfermée dans ce poulailler pour m'engraisser et me manger. Perspective plutôt effrayante car je n'ai aucun moyen de fuite. La porte du poulailler est cadenassée. Au secours ! Je ne veux pas finir en civet ! Comment je vais bien faire pour me sortir de là ?
109. La réveillon de la peur (9).

108. La réveillon de la peur (8). 15/09/2017

108. La réveillon de la peur (8).
Quatrième jour.

Je ne suis pas un lapin, je peux m'en rendre compte en voyant mon image se refléter dans l'eau du bac. Je suis un être humain et plus exactement une petite fille. Si je ne suis pas un lapin, qu'est-ce que je fais ici ? Je ne suis pas censée vivre dans un poulailler. Qui m'a mise là ? J'ai une furieuse envie de faire pipi et autre chose aussi. Je me soulage dans la paille et quand mes besoins sont apaisés, je me jette sur l'eau et la nourriture.
108. La réveillon de la peur (8).