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137. La réveillon de la peur (37). 14/10/2017

137. La réveillon de la peur (37).
Misha me tendit le gros livre que j'avais remarqué à son arrivée. C'était un énorme volume relié à la couverture rouge foncé et un titre en lettre d'or où l'on pouvait lire : « Les plus beaux contes de la toundra ». A l'intérieur, il était abondamment illustré par des gravures aux couleurs chatoyantes et des personnages si vivants qu'ils semblaient sortir des pages.
- J'ai pensé que ça te familiariserait avec le monde de la toundra. Même si les histoires sont toutes inventées, il y a toujours une part de vérité dans ces contes.
- Oh merci Misha, je te le rendrai dès que je l'aurai terminé.
- Non, ne me le rend pas, je te le donne !
- Misha, je n'ai rien à te donner en échange.
- Et alors ? Je sais bien que tu n'as rien à me donner en échange. Si je te fais un cadeau, ce n'est pas dans l'espoir que tu me le rendras, prends-le sans remord. D'ailleurs ton amitié est pour moi le plus beau des cadeaux. Avant ton arrivée, je n'étais qu'une bête de somme rompue aux pires des corvées et maintenant, je peux redevenir une petite fille en droit d'espérer un monde meilleur car sans toi jamais je n'aurais osé même imaginer sortir de cet enfer. Alors mon cadeau, c'est comme si tu me le rendais une centaine de fois.
- Je... je ne sais que dire...
- Alors, ne dis rien, ça vaut mieux que de me sortir une bêtise du genre que je suis trop gentille et que tu ne veux pas accepter mon cadeau parce que tu as peur de m'en priver. Si tu me fais ce coup-là, je demanderai à papa de venir te nourrir demain matin.
Mais un large sourire illumina le visage de Misha et je compris bien vite qu'elle plaisantait. Nous éclatâmes de rire toutes les deux.
- Merci Misha, je peux encore te remercier quand-même ?
- Oh sûr que tu peux mais y a vraiment pas de quoi ! Et puis faut avouer que j'ai encore fait ma langue de vipère ce matin. Alors, c'est bien peu de chose finalement.
- Tiens, il me semblait qu'on ne devait plus parler de cette petite embrouille.
- Tu as tout à fait raison, Natie, c'est moi qui donne les conseils et je ne les suis même pas.
- C'est quoi ton nouveau plan d'évasion ?
137. La réveillon de la peur (37).

136. La réveillon de la peur (36). 13/10/2017

136. La réveillon de la peur (36).
Je fus réveillée par une pression sur mon épaule. J'ouvris les yeux, Misha était là comme irréelle, elle tenait un gros livre sous le bras.
- Tu dors bien, on dirait, mais ce sera encore mieux demain quand je t'aurai apporté l'oreiller et les couvertures. En attendant, je t'ai apporté de la lecture.
- Misha, c'est bien toi ?
- Il me semble que c'est bien moi, je ne suis pas un ours blanc de Sibérie.
Je me levai de ma couche et me jetai dans ses bras en pleurant.
- Pardonne-moi, Misha, je ne pensais pas un mot de ce que je t'ai dit ce matin. Tu es la meilleures des amies que j'aie jamais eue.
- Mais arrête de mouiller ma blouse, grande bête, ou bien tu vas aussi m'en arracher des larmes. Ben voilà, c'est fait, je pleure des fontaines maintenant, t'es contente ? Et nous voilà comme deux idiotes à pleurer dans les bras l'une de l'autre.
Misha me serra très fort contre elle. Ah qu'il était doux de se réconcilier après une si violente dispute !
- Je savais bien que tu ne pensais pas un mot de ce que tu disais tout à l'heure. Tu étais en colère, voilà tout et on ne peut plus se contrôler à ce moment-là. La colère, c'est comme l'orage : ça tonne, ça pète, ça grêle pendant un petit moment mais le soleil revient vite.
- Tu es toujours d'accord pour m'aider à sortir d'ici ?
- Question tout à fait superflue dont tu connais déjà la réponse.
- Ca veut dire oui ? J'ai eu peur que tu me laisses tomber après la dispute de ce matin, j'ai même eu peur que tu ne reviennes plus.
- La dispute ? Quelle dispute ? Il n'y a jamais eu de dispute, on s'est juste un peu embrouillées mais c'est du passé maintenant, qu'il n'en soit plus question ! Oui, nous fuirons ensemble comme je te l'ai promis mais ça prend du temps pour mettre ce plan au point, d'autant plus qu'il m'est venu encore d'autres idées mais ce n'est pas encore bien clair dans mon esprit. Alors, je t'ai apporté mon plus beau livre parce qu'à part manger, dormir et attendre mes visites, tu n'as pas beaucoup de distractions dans ce vieux poulailler.
136. La réveillon de la peur (36).

135. La réveillon de la peur (35). 12/10/2017

135. La réveillon de la peur (35).
- Eh, Natie, faut pas pleurer. Je sais que je me mets en colère assez vite mais c'est fini maintenant.
Mais je la repoussai violemment avec mon bras.
- Va-t'en, tu me dégoûtes, tu as fait du chantage pour m'humilier.
- Jamais je ne t'aurais laissée tomber, Natasha, mais fallait bien que je te secoue un peu, tu comprends ? Ce n'est pas sain de vivre avec ses déjections, tu peux attraper tout un tas de vilaines maladies mais maintenant, la sale besogne est terminée et on n'en parle plus. Nous sommes toujours amies, n'est-ce pas ?
- Non, t'es plus mon amie, je ne veux plus te voir, ni te parler !
- Pardonne-moi, Natasha, je suis sincèrement désolée de t'avoir blessée.
- Non, je ne te pardonne pas ! Jamais je ne te pardonnerai cet affront.
Misha ne répondit pas mais une larme perla sur son ½il. Elle récupéra la brouette, ses outils et quitta le poulailler en silence. J'eus des remords et je faillis bien la rappeler pour lui dire que je ne pensais pas un mot de ce que je venais de dire mais je me sentais encore trop en colère et j'avais honte des dernières paroles que j'avais sorties.
J'attendis le soir dans la plus folle des angoisses. Misha reviendrait-elle alors que j'avais repoussé si violemment son amitié ? Elle avait voulu me rendre service et voilà comment je la remerciais. Et non seulement, j'avais gâché une belle amitié mais je frissonnais au futur qui m'attendait. Plus question de fuite dans la Toundra. Demain matin, la mère de Misha ou peut-être bien le père André viendrait pour m'engraisser jusqu'au réveillon fatal de Noël. Par ma colère et mon emportement et surtout en repoussant Misha, je me condamnais à mort avec sursis. Combien stupide, j'avais été mais il était trop tard pour se lamenter. Il ne restait plus qu'à espérer que Misha me pardonne mais à mesure que le soir approchait, cet espoir s'amenuisait. Je me couchai sur la paille sanglotant toujours et lasse d'avoir trop pleuré, je finis par m'assoupir...
135. La réveillon de la peur (35).

134. La réveillon de la peur (34). 11/10/2017

134. La réveillon de la peur (34).
- J'en ai marre que tu me parles comme si j'étais un bébé.
- Dans ce cas, cesse de te comporter comme un bébé !
- T'en fais des histoires, moi je ne sens rien.
- C'est normal, tu vis là-dedans depuis deux semaines, tes narines se sont habituées à l'odeur mais je peux t'assurer que ça fouette, même si je suis une fille de fermiers et que l'odeur du bétail est monnaie courante pour moi.
Comme je restais les bras ballants sans rien dire, Misha poussa un gros soupir.
- Bon, tu me montres, oui ou merde ? J'ai pas que ça à faire et si tu ne te décides pas, je m'en vais, tu te débrouilleras avec maman demain.
- Pourquoi tu veux me lâcher ? Méchante, que tu es !
- Parce que je ne veux pas d'une amie qui se complaît dans la crotte alors qu'on fait tout pour l'en sortir. Alors, décide-toi, je n'ai déjà que trop traîné.
À contrec½ur, je lui montrai le tas de paille où je m'étais soulagée durant ces deux semaines.
- Y en aura pour une pleine brouette, je ne comprends pas pourquoi tu as mis autant de temps pour me le dire. Á ta place, j'aurais été pressée d'être débarrassée de ce tas immonde au plus vite, mais bon passons ! Au travail, maintenant, plus tôt ce sera fini, mieux ça voudra.
Misha se mit à l'ouvrage. Je me sentis soudain plus humiliée que si l'on m'avait exposée au pilori devant une foule hostile. Je tournai le dos à mon amie et m'assis sur la mangeoire pour y pleurer à mon aise. Son travail terminé, Misha vint me rejoindre, elle posa un bras affectueux sur mon épaule pour me réconforter.
134. La réveillon de la peur (34).
On dit que le personnage de Misha est maudit car je suis la troisième à jouer son rôle. La première Misha s'est barrée avec la caisse, qui servait à payer nos techniciens sur le lieu même du tournage, tandis que la seconde Misha a été surprise en train de fumer tout prêt des bonbonnes de gaz qui servent à alimenter nos groupes électrogènes car nous devons parfois tourner dans des lieux désertiques loin de tout réseau électrique. Une chance qu'on l'ait surprise, sans quoi, tout sautait sur le plateau et nous avec. On l'a virée tout aussi sec.
Enfin bref, me voilà pour reprendre le rôle. Misha est censée être russe alors que je suis hindoue mais, outre ce petit détail, je ferai de mon mieux pour incarner une Misha convaincante. Encore toutes nos excuses pour ces perturbations indépendantes de notre volonté. Bon spectacle et n'oubliez pas de lâcher vos coms !
134. La réveillon de la peur (34).

133. La réveillon de la peur (33). 10/10/2017

133. La réveillon de la peur (33).
Quinzième jour.

Le lendemain matin, Misha entra dans le poulailler en poussant une énorme brouette. Une pelle et une fourche tenaient en équilibre instable dans le bac.
- Bonjour Misha, qu'est-ce que tu vas faire avec tout ça ?
- Je vais nettoyer le poulailler, ça fait deux semaines que tu es ici et il est temps de faire le ménage. Alors montre-moi l'endroit où tu fais tes besoins que j'évacue ça au plus vite.
- Mes besoins ? Quel besoins ?
- Eh Natasha, tu n'as pas le derrière en or, tout le monde a des besoins naturels.
- Mais...
- Allons, fais pas ta gênée, tout le monde doit se soulager. Y a pas de honte à ça, c'est une loi de la nature. Nous, on a encore un WC, même s'il n'a pas de chasse et qu'on doit puiser de l'eau au puits après l'avoir utilisé mais toi tu n'as qu'un peu de paille pour recouvrir tes besoins. Je vais donc t'en débarrasser, tu ne peux pas rester dans la crasse jusqu'au moment de notre évasion.
Je savais que Misha avait raison et je la remerciais de s'acquitter d'une besogne aussi désagréable afin d'améliorer mes conditions de vie. Cependant, j'avais un peu honte qu'elle découvre ce que mes entrailles avaient produit même si elle était soumise aux mêmes règles de la nature et je secouai la tête.
- Allons, Nat, montre-moi juste l'endroit et si ça te gêne, tu pourras te retourner pendant que je ramasse tout ça, pas besoin de se regarder pour causer.
Mais je secouai une fois de plus la tête...
- Mais saperlipopette, elle est encore plus têtue que moi, cette fille ! Ecoute-moi bien, Nat, je ne suis pas un modèle de patience alors soit tu me montres l'endroit qui te sert de WC, soit je te plante là et demain, c'est maman qui viendra te nourrir mais je doute fort qu'elle te donne du chocolat et un plan d'évasion pour sortir d'ici. Ça sent la rage ici comme dans une fosse aux lions et ce ne sera pas un travail agréable mais je vais le faire parce que je te considère comme ma meilleure amie et que je ne veux pas te laisser vivre dans la merde.
133. La réveillon de la peur (33).

132. La réveillon de la peur (32). 09/10/2017

132. La réveillon de la peur (32).
- Ah oui, eh bien celle-là, faut pas y compter non plus. Je t'ai dit que nous vivions à des kilomètres de tout endroit habité. La ville la plus proche est à une cinquantaine de kilomètres d'ici. Sur ces terres, nous n'avons pas toutes ces commodités comme le téléphone, l'eau courante et l'électricité. On s'éclaire avec des lampes à pétrole et l'eau vient d'un puits mais on doit la pomper à la main. Alors pourquoi la police irait s'inquiéter de trois sauvages comme nous ? Parce que c'est ce que nous sommes pour les gens de la ville, des sauvages.
- Vous ne bougez donc jamais d'ici ?
- Oh si, parce qu'on ne peut pas tout produire nous-même. Toutes les deux semaines, mes parents prennent la camionnette pour aller faire les grandes courses en ville. Si j'ai été sage, je peux faire partie de la promenade mais comme pour eux la notion de sage, c'est travailler comme une bête et la boucler, autant dire que je n'en profite pas souvent.
- Et pour l'école, comment tu fais alors ?
- Je n'y vais pas, c'est maman qui me donne quelques rudiments de grammaire et d'arithmétique.
- Mais c'est le moyen-âge ici !
- C'est quoi le moyen-âge ?
- C'est une grande période de l'Histoire.
- L'Histoire, je ne connais pas. Maman dit que ça ne sert à rien pour tenir une exploitation. Bon je vais devoir te quitter. Déjà qu'on trouve bizarre que je passe autant de temps ici et je ne veux surtout pas qu'on m'interdise de revenir. Demain, je t'apporte des couvertures et un oreiller. Bonne nuit, Natie !
132. La réveillon de la peur (32).

131. La réveillon de la peur (31). 08/10/2017

131. La réveillon de la peur (31).
- Mais tu parlais d'une fugue de plusieurs semaines dans la toundra. Ca nous fera des tonnes de provisions à transporter.
- Les provisions, c'est pour parer au plus pressé durant les premiers jours. Ensuite, nous devrons chasser, pêcher, manger des végétaux.
- Tu sais donc chasser ?
- Non, on va devoir improviser mais t'inquiète, on trouvera bien un moyen.
- Qu'est-ce qu'on trouve comme animaux dans la toundra ?
- Des oiseaux comme le harfang des neiges et le tétras, des rennes, des b½ufs musqués sans oublier les ours blancs, les loups et les renards polaires. Ah oui, on a aussi des lemmings, sorte de petits rongeurs et quelques serpents aussi.
- Mais c'est dangereux alors de se promener dans la toundra avec tous ces fauves qui l'habitent.
- Et rester ici avec des gens qui veulent te manger parce qu'ils sont assez fous pour croire que tu es un lapin, tu ne crois pas que c'est encore plus dangereux ? Personnellement, je préfère me trouver face à un ours polaire que face à mon père qui n'attend qu'un futile prétexte pour me battre.
- Il faut appeler la police, nous avons des droits quand même.
- Ecoute-moi bien, ma belle, la seule police qui fait la loi sur ce lopin de terre, c'est mon père et les droits, ça ne compte pas pour lui, il a quasi le droit de vie ou de mort sur tout ce qui vit et bouge ici.
- Mais je parle de la vraie police, la maréchaussée quoi !
131. La réveillon de la peur (31).

130. La réveillon de la peur (30). 07/10/2017

130. La réveillon de la peur (30).
- Merci Misha, tu es vraiment... comment dire ? Hors du commun.
- Hors du commun, sûrement, j'aime pas faire comme les autres. Je vis en marge de la société, ça m'aide à survivre dans ce monde de brutes. Bon maintenant, trêve de plaisanterie, l'aveuglement de mes parents va nous servir et notamment pour te donner un peu plus de confort. Si ma mère refuse de se déplacer jusqu'au poulailler sous prétexte qu'elle a trop d'ouvrage, elle ne pourra par conséquent pas voir les oreillers et les couvertures que je te donnerai. Nous allons te faire un vrai lit dans lequel tu pourras dormir comme une petite fille et non comme une bête d'élevage.
- Merci Misha, t'es trop sympa !
- Pas de quoi, je ne vais pas te laisser vivre dans la merde en attendant notre évasion.
- Si je dois finir à la casserole, tu auras au moins adouci mes derniers moments.
Misha fit aussitôt un geste brusque de la main comme si elle allait me gifler, ses yeux brillaient de colère.
- Oh, veux-tu bien ne pas parler de casserole, mademoiselle la défaitiste, prononce-le encore une fois et je t'en retourne une ! J'essaie de faire mon possible pour te remonter le moral et toi tu agis comme si tu allais mourir dans un proche avenir.
- Pardon Misha, je ne voulais pas te blesser.
- Bon, ça va, n'en parlons plus mais cesse de te comporter comme une vaincue. Je sais que c'est pas facile mais fais-moi confiance. Je t'ai dit que nous allions nous enfuir mais ça se prépare pas en cinq minutes. Alors, autant que tu sois à l'aise pour que tu sois en pleine forme la nuit de notre départ.
- Nous partirons donc de nuit ?
- Oui parce que mes parents dorment et ça nous fera une belle avance quand ils s'apercevront de notre disparition.
- Tu as donc commencé à réfléchir à un plan ?
- Réfléchir, je fais que ça et je prépare déjà des denrées non périssables. Je les ai dissimulées dans des cachettes secrètes dans ma chambre et j'en mettrai peut-être ici dans le poulailler, nous les cacherons dans le foin.
130. La réveillon de la peur (30).

129. La réveillon de la peur (29). 06/10/2017

129. La réveillon de la peur (29).
- Il ne te tuera pas, Natie, je t'en fais le serment, nous serons parties bien avant Noël, nous serons très loin d'ici quand sonnera l'heure du réveillon. Bon je dois y aller maintenant sinon je vais encore me faire disputer par ma mère et j'ai pas envie qu'elle m'interdise de venir te voir. À ce soir, Natie !
Elle me plaqua un gros bécot mouillé et sortit du poulailler pour aller rejoindre sa mère. Pauvre petite Misha, comme elle était dévouée et prenait des risques pour moi !
Je passai ensuite une journée très ennuyeuse à pleurer sur mon sort, à attendre Misha et à manger les pauvres carottes qu'elle m'avait laissées. C'est une chance que je pus compléter ce pauvre repas par les bâtons de chocolat de mon amie. Elle avait remplacé l'eau savonneuse et je pus ainsi me rafraîchir un peu. Misha revint plus tard que d'habitude, il faisait presque nuit. Elle tenait un petit paquet à la main.
- Pourquoi tu viens si tard, Misha ? J'ai eu peur qu'on ne t'empêche de revenir. Tu n'as pas été battue, j'espère ?
- Non, rassure-toi mais il y avait énormément de patates à arracher. Regarde mes mains, elles sont toutes couvertes d'ampoules.
Dans le reste de clarté finissante, je vis les mains de mon amie pleine de cloques et je fus prise d'une haine farouche contre ses parents qui la faisaient travailler si durement.
- Ma pauvre Misha, tu n'as pas trop mal ?
- Non pas trop et je passerai du saindoux sur mes mains avant d'aller dormir, c'est radical pour calmer les écorchures.
Misha me donna ensuite le petit paquet.
- Voilà un pot de confiture et avant de protester ou de discuter, tourne sept fois la langue dans ta bouche parce que je me vexe vite et quand je me vexe, je suis partie pour des bouderies infinies. Oh pauvre Natasha, elle va penser que je suis une tortionnaire et elle n'osera plus me parler de peur de dire une bêtise. C'est plutôt moi qui devrais tourner ma langue sept fois dans ma bouche. Alors voilà pour ta peine, méchante Misha !
Et sous mon regard médusé, Misha se donna une grande claque sur la joue qui rosit instantanément.
- Oh faut pas me regarder comme ça, c'est pas la première fois que je me punis quand je fais ma langue de vipère. Tiens, prends ton pot !
129. La réveillon de la peur (29).

128. La réveillon de la peur (28). 05/10/2017

128. La réveillon de la peur (28).
- Où est ta maman ?
- Elle n'a pas voulu venir.
- Mais pourquoi ?
- Elle m'a dit que je lui faisais perdre son temps et qu'elle avait bien autre chose à faire que de contempler une bête que l'on engraissait pour Noël. Elle a dit que je devenais complètement gaga avec ce lapin et que si ça continuait comme ça, elle m'interdirait de te soigner. Elle a aussi ajouté que je ne devais pas trop m'attacher à toi car tu n'étais ni un chien ni un chat mais un animal qu'on élevait exclusivement pour la viande.
Des grosses larmes roulaient sur les joues de Misha tandis qu'elle me racontait le refus de sa mère de constater de visu que je n'étais pas un lapin. Je fus naturellement indignée de la cruauté et du manque de c½ur de ces gens qui non seulement brutalisaient leur fille mais s'adonnaient en outre à des rituels barbares comme d'engraisser des enfants pour les manger. On était au 21ème siècle et non plus dans le moyen-âge du conte d'Hansel et Gretel.
- Qu'est-ce qu'on va faire, Misha ?
Misha sécha aussitôt ses larmes d'un revers du bras. Elle me prit ensuite par les épaules et me regarda droit dans les yeux.
- Saperlipopette, je ne me doutais pas que ma mère était si obtuse, je veux la faire venir ici pour lui monter des évidences criantes mais elle répugne à se déplacer jusqu'ici. Elle fait l'autruche et refuse de voir la vérité en face. Inutile d'espérer de la faire venir désormais. Le coup a foiré mais ce n'est que partie remise, je vais réfléchir à un plan du tonnerre pour nous enfuir toutes les deux.
- Pourquoi pas tout de suite ? Ce que tu me racontes sur tes terribles parents me fait de plus en plus peur. Je les imagine avec des regards de carnassier.
- Et c'est pas exagéré car ils ont bien des regards de carnassier. D'ailleurs, si tu voyais mon père, il est encore plus gros que Gargantua et il a une force colossale. D'un seul coup de poing, il peut te briser en deux mais nous ne pouvons pas partir sans un plan mûrement réfléchi ni quelques provisions. La toundra, c'est l'équivalent russe du désert saharien.
- C'est donc en me brisant en deux avec ses poings que ton père va me tuer ?
128. La réveillon de la peur (28).
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Viens découvrir mon autre blog : Zélie la Machine.
128. La réveillon de la peur (28).