• 5130 visits
  • 97 articles
  • 3712 hearts
  • 29327 comments

197. La réveillon de la peur (97). 13/12/2017

197. La réveillon de la peur (97).
- On... on va toujours vivre ici ?
- Provisoirement oui, l'hiver approche et c'est déjà une chance d'avoir un abri et personne pour nous déranger. Quand le printemps sera revenu, nous aviserons. Ma pauvre Nat, si tu voyais ton visage en ce moment.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a mon visage ?
- Quand je t'ai essuyé les yeux, mes mains n'étaient pas très propres et ça a fait plein de traces noirâtres. Gourde que je suis ! Mais je vais arranger ça.
- C'est toi qui me disais l'autre jour d'être propre et tu restes avec les mains sales.
- Tu as bien raison. Avant de te faire la morale, je devrais d'abord montrer l'exemple. Ça c'est tout moi mais j'ai des circonstances atténuantes, j'ai pas arrêté de bouloter aujourd'hui.
Misha mouilla le coin d'un essuie de vaisselle et me nettoya soigneusement le visage.
- Te voilà toute propre maintenant. Ce serait mieux avec un sourire mais on ne va pas en demander de trop pour un premier jour.
Je poussai un petit gloussement nerveux, pas vraiment un rire mais cela suffisait pour Misha.
- Eh bien voilà, c'est déjà mieux comme ça ! Bon maintenant, je me nettoie les paluches et je te donne ton remède.
- Tu vas nettoyer quoi ?
- Mes paluches, mes mains quoi ! Oui, j'ai de ces expressions mais je ne suis jamais allée à l'école. Alors, je ne connais pas bien le beau parlé.
Misha se frotta sommairement les mains avec le coin d'essuie mouillé avant de m'apporter la tisane.
- Bois vite tant que c'est chaud, ça va te requinquer.
Voyant que je haussais les sourcils, elle rectifia sa phrase.
- Ça va te remettre d'aplomb, je veux dire. Moi et mes expressions de paysan, il va falloir que je fasse attention maintenant.
- Bah, moi je les trouve chouettes tes expressions, elles me font bien rire, tu sais !
- Tu m'en vois soulagée parce que j'en ai encore des pas piquées des vers et que je ressors assez souvent.
- Quoi par exemple ?
- J'en ai pas en tête mais bois vite ta tisane avant qu'elle n'attire les mouches.
197. La réveillon de la peur (97).

196. La réveillon de la peur (96). 12/12/2017

196. La réveillon de la peur (96).
Misha avait de la force et en quelques instants, la cruche fut pleine. Je la suivis en silence jusqu'à la maison. Je me laissai retomber lourdement sur le vieux sofa, une fois encore je me sentais humiliée et de fort méchante humeur. Pendant ce temps-là, Misha s'affairait devant le fourneau. Ignorant que je lui en voulais pour l'incident de la pompe, elle m'expliquait toutes les actions qu'elle faisait.
- Tu vois, ça c'est notre cuisinière, elle est en fonte et l'intérieur est tapissé de grosses briques réfractaires afin de garder la chaleur du four. On l'allume le matin avec du petit bois sec et on n'a qu'à l'alimenter de temps en temps avec un peu de charbon si l'on veut garder de la chaleur jusqu'au soir. En hiver, ça nous sert aussi de poêle.
Misha fit chauffer de l'eau dans une bouilloire. Quand elle fut à bonne température, elle la versa dans un grand bol où elle ajouta les écorces de saule et une bonne cuillérée de miel.
- Voilà, c'est prêt ! J'ai mis un peu de miel pour faire passer l'amertume des plantes. Bois ça d'un trait, tu te sentiras tout de suite mieux après !
Mais je restais clouée au sofa, demeurant sourde à son appel.
- Natasha ? Eh bien, qu'est-ce qui se passe ?
Comme je demeurais silencieuse, Misha vint s'asseoir à côté de moi sur le sofa. Elle prit sa main pour essuyer mon visage brouillé par les larmes.
- Pourquoi tu pleures, Natie ?
- Tu n'arrêtes pas de me donner des ordres et si je ne fais pas comme tu veux, tu me traites comme une demeurée qui n'y comprend rien à rien. Mais j'y comprends rien aux pompes moi. Dans mon ancienne vie, on tournait juste un robinet et l'eau coulait toute seule.
- Pardonnes-moi, Natie, je ne suis qu'une brute, dit Misha en me serrant très fort contre elle. Je ne suis pas méchante mais j'ai toujours vécu une vie très rude, ça m'a forgé le caractère mais pas toujours dans le bon sens, je le crains. Je comprends que cette nouvelle vie va être très dure pour toi, surtout au début, mais je te promets de faire des efforts pour être plus gentille et beaucoup moins agressive avec toi. Ça devrait aller mieux maintenant puisque mes parents ne sont plus de ce monde.
196. La réveillon de la peur (96).

195. La réveillon de la peur (95). 11/12/2017

195. La réveillon de la peur (95).
Misha poussa un gros soupir qui semblait dire « Il en faut de la patience avec les bourriques, même quand cette bourrique est ce que vous avez de plus précieux au monde ».
- Viens alors, ne perdons pas de temps !
Misha sortit avec la cruche, je la suivis prestement avant qu'elle ne change d'avis et me dise que finalement, elle n'avait plus besoin de mes services mais elle me tendit la lampe tempête qu'elle avait laissée dans le couloir.
- Prends-la, ça nous éclairera un peu pendant l'opération.
Je saisis la lampe tempête et je suivis Misha. Elle s'arrêta devant une vieille pompe en fonte et plaça la cruche sous le robinet. Elle me reprit la lampe et me montra ensuite comment actionner le bras.
- Tu fais juste un mouvement de bas en haut et l'eau jaillira du robinet, c'est pas compliqué.
Je fis comme Misha me demandait. Le levier descendit de quelques centimètres avant de se bloquer. J'insistai en tirant de toutes les forces dont j'étais capable mais le levier resta sourd à mes appels répétés.
- J'y arrive pas, c'est bien trop dur !
Misha poussa un gros soupir à fendre l'âme.
- Mais tu as du jus de navet dans les veines ou quoi ? Même Anouchka réussissait à puiser de l'eau et pourtant, elle est plus faible que toi. Bon, laisse-ça et reprends la lampe. Je vais puiser l'eau, sinon demain on est encore ici.
195. La réveillon de la peur (95).

194. La réveillon de la peur (94). 10/12/2017

194. La réveillon de la peur (94).
J'avais presque oublié ma migraine mais le marteau qui tapait sur mon crâne était encore bien présent, il avait même gagné en intensité.
- Ça cogne encore.
- Je vais te préparer une tisane à l'écorce de saule, ça va te soulager tout de suite.
Misha poussa une porte, côté gauche du couloir. Nous pénétrâmes dans une pièce qui faisait office de cuisine et de salle de séjour. La tête me tournait toujours, je m'affalai dans un vieux sofa qui avait connu des jours meilleurs et dont le tissu usé laissait passer le rembourrage. Misha ouvrit la porte d'un placard et s'empara d'une énorme cruche en grès.
- Attends-moi ici, dit Misha. Je vais aller chercher de l'eau au puits.
- Pas question de rester seule ici, je viens avec toi !
- Natasha, le puits est dans la cour juste devant la maison, je n'en ai que pour deux minutes.
Mais je secouai énergiquement la tête.
- Pas question, je ne reste pas toute seule avec des morts !
- Mais ils ne te feront rien, ils sont à l'étage et j'ai fermé la porte de leur chambre à clé.
- Je viens avec toi, Manouche, que tu le veuilles ou non !
- Olalaaaaaaa, plus têtue qu'une bourrique, celle-là ! Bon, c'est d'accord, viens avec moi ! Mais pas question que tu restes les bras croisés à me regarder, tu m'aideras à puiser l'eau.
- Ça ne me dérange pas, du moment que je ne reste ici pas toute seule.
194. La réveillon de la peur (94).

193. La réveillon de la peur (93). 09/12/2017

193. La réveillon de la peur (93).
- C'est que je n'arrive pas encore à croire que je suis bien libre, que tous mes ennuis sont enfin derrière moi.
- Pour ce qui est de la liberté, je peux te rassurer, tu es aussi libre qu'un oisillon qui vient de quitter son nid pour son premier vol. En ce qui concerne les ennuis, nous devrons bien sûr faire face à quelques difficultés mais rien dont on ne puisse venir à bout à force de persévérance. Bah, on aura tout le temps de s'inquiéter de ça plus tard. Pour l'instant, goûtons le bonheur d'être enfin ensemble. Et cette maison qui attend que voulions bien y entrer, sache qu'elle est aussi TA maison. Désormais, tu es ici chez TOI, Natie !
Cette idée me rasséréna un peu et je retrouvai le sourire.
- C'est pourtant vrai, cette maison est la nôtre. Comme j'ai été bête de m'inquiéter pour toutes ces bêtises de revenants. Alors, quand est-ce que tu me la fais visiter ?
Misha me sourit en retour. Elle m'entraîna vers le seuil et nous pénétrâmes dans la maison. Le couloir était éclairé par une lampe à pétrole posée sur une chaise de paille, une petite commode avec un vase de fleurs séchées complétait l'ameublement. Les murs étaient peints d'une couleur vert d'eau qui s'écaillait en de nombreux endroits. Un escalier, plongé pour l'instant dans l'obscurité, menait vers l'étage. J'effleurai de la main la lampe à pétrole, le verre était noirci par les nombreuses utilisations.
- Eh oui, c'est comme ça qu'on s'éclaire, dit Misha. Ici, nous ne possédons pas de lampes magiques qui brillent toutes seules quand on tourne le bouton. Si on veut y voir clair quand vient le soir, on doit mettre du pétrole dans le réservoir et allumer la mèche. Je t'apprendrai, c'est pas difficile.
- Le verre est tout noir.
- Oui, il faut le nettoyer régulièrement parce que ça fume pas mal et ça éclaire de moins en moins bien. C'est pas l'idéal mais on n'a pas le choix puisque ces messieurs de la compagnie électrique n'ont pas cru bon de prolonger la ligne jusqu'ici. Et ta tête, comment ça va ?
193. La réveillon de la peur (93).

192. La réveillon de la peur (92). 08/12/2017

192. La réveillon de la peur (92).
- C'est encore loin ta maison ?
- Non, encore quelques dizaines de mètres et nous y sommes.
Nous poursuivîmes notre chemin en silence. Je commençai à distinguer une petite lueur.
- Tu vois, on y est presque. J'ai laissé une lampe devant le seuil de la maison pour que ce soit plus accueillant à notre arrivée.
Misha lâcha ma taille pour reprendre ma main, elle courut vers la maison en m'entraînant derrière elle. En quelques bonds rapides, nous avions atteint le seuil. C'était une petite maison blanche à un étage. La porte d'entrée laissée entrouverte laissait deviner un couloir faiblement éclairé.
- Oh, tu avais oublié de refermer la porte.
- Et qui veux-tu qui vienne voler ? Un revenant ? N'oublie pas que nous sommes à cinquante kilomètres de la ville la plus proche.
- Ne parle pas de revenant, ça me donne la chair de poule !
- Tu ne crains rien, va ! Je suis tellement insupportable que tous les revenants ont pris la fuite.
- Mais arrête de plaisanter avec ça, c'est pas drôle ! Et tes parents alors ?
- Morts, tout ce qu'il y a de plus morts et moi je crois pas aux revenants, de toute façon.
- T'en es sûre ?
- Sûre que je ne crois pas aux revenants ? Eh bien, je n'en ai jamais vus.
- Non, sûre que tes parents sont bien morts ?
- Sache que si j'avais eu le moindre doute là-dessus, jamais je ne t'aurais amenée jusqu'ici.
- Tu sais, il est déjà arrivé que des médecins déclarent pour morts des personnes encore vivantes et toi tu n'es pas médecin.
- Je sais, mais si tu les voyais dans leur chambre, tu ne douterais plus de leur mort. Allez, viens Natasha, on dirait que cette nouvelle liberté te fait peur.
192. La réveillon de la peur (92).

191. La réveillon de la peur (91). 07/12/2017

191. La réveillon de la peur (91).
Soudain, je sentis qu'on me frôlait la jambe et je poussai un cri aigu.
- Qu'est-ce que se passe ? Pourquoi tu cries ?
- Y a un truc qui m'a touché la jambe.
- Oh c'est rien, ça doit être un rat.
- Tu oses dire que c'est rien ? Mais il aurait pu me mordre !
- Non, ça craint pas ! Crois-moi, ça ne manque pas de vieux déchets dans une ferme, il a bien autre chose à manger que tes mollets.
- Et tu trouves ça drôle ?
- Eh Natasha, faut pas le prendre mal, j'essaie simplement de te faire rire pour que tu te détendes un peu.
- Eh bien, j'ai pas envie de rire, je suis à cran !
- Mais pourquoi ? Y a vraiment pas de raison !
- C'est ce paysage lugubre qui me donne la frousse.
- Tu as pourtant connu pire. Qu'est-ce que tu faisais là-bas toute seule dans ce vieux poulailler ? Ça devait être encore plus angoissant la nuit.
- Bien sûr que j'avais peur mais en même temps, je me sentais en sécurité parce que j'étais enfermée dans un endroit clos.
- T'es quand même une drôle de fille, tu te sentais donc plus en sécurité dans cet endroit puant avec mes parents qui menaçaient de te manger plutôt qu'ici en ma compagnie ? Mais si tu insistes, je peux t'y reconduire. Tu m'excuseras si je ne dors pas à côté de toi mais moi je préfère le bon lit chaud de ma maison.
- Eh non, pas de blague ! Tu plaisantes ?
- Bien sûr que je plaisante pour te démontrer combien ton comportement est absurde.
191. La réveillon de la peur (91).

190. La réveillon de la peur (90). 06/12/2017

190. La réveillon de la peur (90).
Me tenant toujours la main, Misha me conduisait vers sa maison. Le ciel était couvert et il faisait un noir d'encre, la lampe tempête n'éclairait que nos pas et de temps en temps la lueur fantomatique d'un arbre ou d'un petit mur de pierre. Une bête poussa un hululement aigu et prolongé. Je poussai un petit hurlement de frayeur, Misha raffermit sa pression sur ma main.
- N'aies pas peur, Natie, tu ne risques rien !
- C'était quoi ce cri ?
- Un hibou, ce genre de bestiole qui mène la sarabande quand toutes les autres dorment.
Misha s'arrêta brutalement. Comme elle me tenait toujours la main, je faillis trébucher et tomber à la renverse.
- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi on s'arrête ?
- Il y a un trou en plein milieu du chemin. Viens, nous allons le contourner.
Misha lâcha ma main, préférant me tenir fermement la taille.
- Désolée de te tenir aussi serrée mais c'est pour éviter que tu tombes dedans et si tu fais un faux pas, je pourrai au moins te retenir.
Nous contournâmes le trou et je me demandai comment Misha avait pu repérer le piège dans cette obscurité quasi-totale, elle devait connaître tous les emplacements par c½ur. Si elle n'avait été là, je tombais droit dedans et j'aurais été empalée par les tessons de bouteille de ce vieux fou de père André. Un frisson désagréable me parcourut l'épine dorsale. Misha dut sentir que je me raidissais.
- Tu as froid ?
- Non, je pensais à ce piège dans lequel nous avons failli tomber.
- Celui-là, pas de danger, je connais son emplacement exact et je le retrouverais les yeux fermés. Depuis le temps que je fais ce sentier dans les deux sens. Si je me suis arrêtée, c'est pour être sûre que tu ne tombes pas dedans.
190. La réveillon de la peur (90).

189. La réveillon de la peur (89). 05/12/2017

189. La réveillon de la peur (89).
Misha ramassa la lampe tempête et elle ouvrit toute grande la porte du poulailler.
- Natasha, tu es une fille libre, tu peux dire adieu à cette affreuse cage que tu ne reverras jamais plus sauf peut-être dans tes pires cauchemars. Désormais, il ne sera plus jamais question de manger des pissenlits, de boire de l'eau sale, de dormir sur de la paille pourrie ou de finir dans une casserole. Tout cela appartient désormais au passé, oublions-le. Viens maintenant, suis-moi.
Misha me prit par la main et m'entraîna vers l'extérieur.
- Essaie de calquer ton pas sur le mien et regarde bien où tu mets les pieds, je ne voudrais pas que tu te blesses avec les affreux pièges que mon père a tendus. J'ai bien l'intention de les retirer jusqu'au dernier mais nous avons encore bien le temps.
- Comment ça s'est passé avec tes parents ? Tu ne m'en as pas encore parlé.
- Si j'ai pu te délivrer, c'est que tout s'est déroulé selon mes plans mais je te raconterai cela plus en détail quand nous serons arrivées à la maison. Pour l'instant, je préfère me concentrer sur le chemin. Déjà que la lampe n'éclaire pas très fort et moi aussi, j'ai bien failli me faire attraper par ces maudits pièges.
- C'est quel genre de pièges ?
- Des pièges à loups pour la plupart, ce modèle avec d'énormes mâchoires qui se refermeront sur ton pied si tu as le malheur de marcher dessus. Il a aussi creusé des trous dissimulés par des branchages, le fond du trou est garni de tessons de bouteille aussi acérés que des poignards et si tu tombes là-dedans, tu risques même de te tuer. Nous allons devoir reboucher tout ça au plus vite.
- Mais c'est un vrai malade ton père !
- À qui le dis-tu ? Mais grâce à Dieu, nous pouvons désormais dire « c'était un vrai malade ».
189. La réveillon de la peur (89).

188. La réveillon de la peur (88). 04/12/2017

188. La réveillon de la peur (88).
Je commençais à reprendre les esprits, une légère douleur sourdait dans mon crâne.
- C'est la fille de mon souvenir, celle que je pense être ma s½ur.
- Le cidre aurait donc réveillé en toi de nouveaux souvenirs ? Quoiqu'il vaudrait mieux ne plus en abuser, j'y veillerai. Et maintenant, va vite tremper ta tête dans l'abreuvoir, ça te dégrisera un peu.
- Non, pas l'eau froide, par pitié !
- Non mais c'est quoi cette mauviette qui picole et qui a peur d'un peu d'eau froide ? Tu tiens à peine sur tes jambes. Alors va te rafraîchir, ça t'aidera à retrouver ton équilibre, je suis incapable de te porter jusqu'à la maison.
- Je peux encore dormir ici, une nuit de plus ou de moins...
- Mais saperlipopette, je me décarcasse pour la délivrer et cette ingrate veut rester dans sa prison. Natasha, tu as intérêt à aller tremper ta tête si tu ne veux pas que je le fasse moi-même.
Aussi honteuse qu'un gamin surpris en train de voler à l'étalage, j'allai plonger ma tête dans l'abreuvoir sous le regard renfrogné de Misha. Loin d'être désagréable, le contact de l'eau me fit reprendre contact avec la réalité. Je me sentais pourtant un peu nauséeuse, un marteau tapait à coup régulier dans mon crâne.
- Ça va mieux ? me demanda Misha avec une voix un peu radoucie.
- J'ai mal à la tête.
- Tu m'en diras tant ! C'est le cidre qui se venge de ne pas avoir été bu avec sagesse mais je vais te faire une tisane à base d'écorce de saule. C'est très amer mais c'est souverain contre la gueule de bois.
- C'est quoi la gueule de bois ?
- Tu ne connais pas cette expression ? C'est le mal de tête de ceux qui ont trop bu. Mais bon, n'en parlons plus ! Viens, Natie, nous allons fêter dignement ta libération mais plus au cidre cette fois, fit Misha avec un petit clin d'½il malicieux.
188. La réveillon de la peur (88).